Imaginer, percevoir, entendre


Dernièrement, je me suis interrogée sur la relation « au son » pour un instrumentiste ainsi que sur la sensibilité de chacun au son en musique. J’ai en effet l’impression que cette relation au son sur son propre instrument ou au son d’autres instruments est une qualité acquise par chacun en fonction de son parcours musical et donc de la formation de l’oreille intérieure personnelle en tant qu’instrumentiste jouant seul ou en groupe.

Dans mon cas, j’anticipe déjà mentalement  une certaine couleur, un certain timbre du son avant son émission. Cette anticipation est plus ou moins affinée  en fonction de ma maîtrise de l’instrument concerné et de la pensée musicale  pour le morceau joué. Pour la voix (même si je ne la considère pas comme un instrument), cela s’apparente à une imitation de mon idée du son et de la phrase c’est-à-dire son attaque, son développement, sa qualité, son timbre sans toutefois réussir l’imitation parfaite, je dois avouer. Pour la flûte, le son et la phrase imaginés précèdent toujours légèrement  le geste technique recherché : l’idée musicale d’abord, puis vient les questions de la pression de l’air, de la forme des lèvres et de la cavité buccale, de la position de la langue. Pour l’alto, mon idée du son est encore assez confuse, embryonnaire ; j’en suis encore à découvrir la palette sonore de l’instrument et j’aime les surprises qu’il me réserve au détour d’une phrase  ou même d’une simple corde à vide. Aujourd’hui, à l’alto, je construis un imaginaire auditif, tandis qu’à la flûte, j’enrichis  cet imaginaire en fonction de mon développement technique et musical. Quant à la voix, cet imaginaire existe mais de manière plus abstraite, plus intuitive aussi peut-être, imaginaire partagé entre l’écoute de ma propre voix et de celle des autres.

Évidemment, par la suite, le son perçu après l’émission reflète le son imaginé avec plus ou moins de bonheur. Cette perception dépend de tant d’éléments extérieurs à soi : le type d’émission, la géométrie du lieu, la  position par rapport à l’instrument… En premier lieu, personne ne perçoit sa propre voix de la même façon que son auditoire parce qu’on l’entend à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de soi. D’ailleurs, dans mes enregistrements, j’entends toujours la voix d’une étrangère à laquelle je ne m’identifie pas ou avec difficulté. Avec la flûte, j’ai toujours l’impression que dès son émission, le son m’échappe et ne peut plus être modelé sauf si la note  doit être tenue et encore, la marge de correction peut être réduite en raison du placement des lèvres et de la langue. En fin de compte, la projection de l’air au chant ou à la flûte éloigne très vite le son du chanteur ou de l’instrumentiste, dans ma perception personnelle en tout cas. Au contraire, je me rappellerai toujours de l’impression étrange de mon premier contact à l’alto avec ce son qui vous éclate littéralement au visage. J’ai parfois l’impression quand je joue que le son est une sorte de bulle posée entre la touche et le chevalet et que je pourrais le voir et le toucher si je voulais. Le son à l’alto a une présence bien plus physique pour moi qu’au chant ou à la flûte. Pourtant, le geste pour émettre le son me paraît plus physique au chant et à la flûte dans la pression nécessaire pour gérer la colonne d’air qu’à l’alto avec l’archet, mais peut-être quand je serai plus aguerrie avec ce dernier, je reverrai ce constat.

Je ne sais pas si mon analyse sur la perception du son est partagée. Cependant, dans ma pratique personnelle mais également dans ma manière d’écouter d’autres musiciens, j’ai conscience d’une esthétique personnelle du son, résultat partiellement inconscient d’un apprentissage seule, au chant ou à l’instrument, en musique de chambre, en orchestre, en ensemble vocal ou en chœur.

 

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