Orlando furioso sombre et merveilleux au théâtre des Champs Elysées


Après le théâtre du Châtelet au mois de janvier, j’ai pris rendez-vous au théâtre des Champs-Elysées pour ce mois de mars.

En premier lieu, j’ai assisté à un concert de musique de chambre avec le festival de Prades comme invité dans un programme Beethoven-Brahms. La première partie nous a fait entendre le septuor de Beethoven pour cordes et vent en mi bémol majeur op. 20 avec un très bel équilibre entre les cordes et les vents avec à la clarinette, Michel Lethiec, le directeur artistique du festival de Prades. Ensuite, nous avons entendu une oeuvre que j’aime beaucoup, le quatuor avec piano de Brahms en sol mineur op.25 avec son très enlevé rondo alla zingarese. Dans cet ensemble, j’ai préféré l’homogénéité de son des cordes graves avec Nobuko Imai à l’alto et Gary Hoffman au violoncelle alors que le violon de Julian Rachlin sonnait de façon trop soliste pour ce répertoire.

Julian Rachlin (violon), Nobuko Imai (alto), Gary Hoffman (violoncelle), Jurek Dybal (contrebasse), Michel Lethiec (clarinette), André Cazalet (cor), Philippe Hanon (basson), Itamar Golan (piano)
Beethoven – septuor pour cordes et vents en mi bémol majeur op. 20
Brahms – quatuor avec piano en sol mineur op. 25

 

Le lendemain, je suis allée voir et entendre l’Orlando furioso de Vivaldi avec l’ensemble Matheus et une belle distribution à la voix avec  Marie-Nicole Lemieux, Philippe Jaroussky, Jennifer Larmore, Veronica Cangemi, Christian Senn, Kristina Hammarström et Romina Basso. Avant cette première en version scénique de l’œuvre de Vivaldi à Paris, le théâtre annonce que Philippe Jaroussky et Marie-Nicole Lemieux, légèrement souffrants, assureront tout de même la représentation.

L’action de cet opéra en  trois actes se situe dans le royaume de la magicienne Alcina, rôle exigeant interprété par Jennifer Larmore, belle vocalement et physiquement, qui lui donne une dimension de femme punie à la fin de l’opéra d’avoir voulu imposer ses choix amoureux, comme la milonguita du tango argentin. J’expliquerai ce dernier point dans un prochain article. Dans le rôle-titre d’Orlando, Marie-Nicole Lemieux est magnifique, surtout dans les scènes de la fureur et de folie. A sa première apparition, même sans chanter, Philippe Jaroussky impose sa présence charismatique sur scène et ensuite, il enchante le public avec son duo avec le traverso dans « sol da te » où Ruggiero subit le charme du filtre d’amour que lui fait boire Alcina.

Il serait trop long de faire l’éloge de tous les chanteurs de cette excellente distribution qui reprend quasiment celle du disque enregistré avec l’ensemble Matheus sous la direction de Jean-Christophe Spinosi. Je suis tout de même impressionnée par la capacité des chanteurs à tenir leur partie dans un opéra si long avec pour tous, des airs exigeants. Pour la partie purement vocale, j’ai préféré les airs chantés dans le second acte où l’ensemble Matheus et son chef offrent à chaque chanteur un écrin pour exprimer tous les affects de leur chant. J’apprécie vraiment la musique baroque pour ces moments de musique qui suspendent le chanteur, l’orchestre  et leur public dans le temps.

Une partie du public n’a pas apprécié le choix d’une mise en scène en monochrome noir, minimaliste et assez statique. Cependant, pour ma part, au regard de l’intrigue assez alambiquée de l’opéra, j’ai aimé le côté sombre du décor et de la mise en scène, représentant le caractère maléfique d’Alcina. Même la mort de cette dernière ne lève finalement pas le voile du drame posé sur les autres personnages. Cependant, lorsqu’on ne maîtrise pas l’intrigue de l’opéra, les personnages de Bradamante et d’Angelica étaient difficiles à différencier. De plus, il apparaît également peu crédible de symboliser des éléments naturels comme des rochers et des arbres par la même table présente au milieu de la scène.

Cette soirée à l’opéra aura donc été l’occasion d’une belle découverte de l’opéra de Vivaldi ainsi que d’une délicieuse plongée dans le chant pur et évident.

Jean-Christophe Spinosi direction, Pierre Audi mise en scène
Willem Bruls dramaturgie, Patrick Kinmonth décors et costumes, Peter van Praet lumières, Ensemble Matheus, Choeur du Théâtre des Champs-Elysées
Marie-Nicole Lemieux Orlando, Jennifer Larmore Alcina, Verónica Cangemi Angelica, Philippe Jaroussky Ruggiero, Christian Senn Astolfo, Kristina Hammarström Bradamante, Romina Basso Medoro

 

Un extrait de cet opéra avec Philippe Jaroussky et l’ensemble Matheus dans « sol da te ».

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