Tango – La mezcla milagrosa (1917-1956) – essai écrit par Carlos Mina


Merecedor del Premio La Nacion-Sudamericana de Ensayo 2006-2007, Tango. La mezcla milagrosa, nace como un clasico llamado a desentranar sentidos hasta ahora ocultos de nuestra identidad. Ameno, cautivante y original, analiza mas de 500 letras de tangos populares a lo largo de casi cuatro decadas de deslumbrante desarrollo en el que se expresan las preguntas existenciales y fundantes de un pueblo. En esta obra apunta el jurado dos recursos indiscutiblemente protagonicos en la constitucion de la identidad cultural de Buenos Aires, el tango y el psicoanalisis, se acoplan en un dialogo inspirado e inspirador que, rehuyendo los tecnicismos y los rasgos de una exposicion academica, dan vida a un ensayo cabal. En sus conclusiones, el autor cita a Baremboim, que senala la gran capacidad para la tolerancia que posee nuestra sociedad en relacion a otras que suelen presentarse como paradigma. En la tarea de elaboracion de las diferencias de una poblacion heterogenea, el tango bautizado por Discepolo de mezcla milagrosa tiene una enorme responsabilidad. Tango, de Carlos Mina, siembra tambien esperanzadas preguntas: si alguna vez pudimos, por que no podremos lograrlo nuevamente? Cual sera el camino que pueda conducirnos a una nueva integracion superadora?

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Le titre de cet essai du professeur en psychologie Carlos Mina reprend les paroles d’un des grands poètes du tango, Enrique Santos Discepolo, dans une des œuvres du tango que j’aime de plus en plus « Cafetin de Buenos Aires ». Ce sentiment se renforce avec plusieurs tangos à mesure que je lis des livres comme celui écrit par Carlos Mina ou celui de Alfredo E. Fraschini.

L’essai de Carlos Mina analyse les paroles pour environ 500 tangos parmi les plus connus et donc toujours présents dans la mémoire des Argentins en excluant les milongas et les valses. Il reprend les textes écrits par des noms incontournables du tango, Enrique Cadicamo, Celedonio Flores, Alfredo Le Pera, Homero Manzi, Homero Exposito, Càtulo Castillo et bien sûr, Enrique Santos Discepolo.

Carlos Mina développe la thématique autour du rôle du tango entre 1917 et 1956 comme instrument d’intégration des différentes nationalités et cultures qui se sont pressées à Buenos Aires dans la grande vague d’immigration d’étrangers et de provinciaux dans la première moitié du XXème siècle. En effet, pour une population de 1,7 million habitants en 1869 dont 200 000 étrangers, Buenos Aires a vu arriver 7 millions d’immigrés en 70 ans dont 4 millions se sont définitivement installés. Cet afflux d’immigrés  pauvres à la recherche d’une fortune dans l’eldorado que constituaient alors les Amériques a effectivement dû être source de tensions. Cependant, pour Carlos Mina, ces tensions ont pu trouver un exutoire à travers le tango. En effet, il a permis à ces populations étrangères de partager leurs expériences communes : le déracinement, la nécessaire adaptation à un nouvel environnement, une nouvelle vie. A travers le tango, ces immigrés ont pu faire le deuil de ce qu’ils avaient laissé derrière eux et perdu pour s’insérer dans leur nouveau pays.

Le livre de Carlos Mina se divise en quatre parties :

1 – l’élaboration du rôle du tango à travers le contexte migratoire vers une unique destination, Buenos Aires et par conséquent, la construction de la géographie mythique de la cité portègne et des relations humaines qu’elle crée,

2 – les articulations historiques autour de l’évolution du rôle de la femme  et de son impact sur l’identité masculine (cf. le « machisme » des paroles de tango) et autour du voyage et de la découverte d’un nouveau pays et des désillusions qui l’accompagnent,

3 – les aspects fonctionnels du tango à travers ses références à lui-même, les valeurs qu’il porte, la langue utilisée et la musique,

4 - la décadence, période où le tango sombre dans la dépression.

J’ai trouvé intéressante la démonstration de Carlos Mina sur le caractère « machiste » des paroles de tango qu’il explique par l’émancipation des femmes dans l’atmosphère mélangée, excitante de ce début de XXème siècle. En ce sens, grâce à la lecture de Cielo de tango d’Elsa Osorio, j’ai pu avoir en tête les images de ce que devait être la vie des habitants de Buenos Aires à l’époque. Cette émancipation est illustrée par deux personnages dans Cielo de tango : Carlota, milonguita indépendante, attirée par une vie facile et qui fréquente les cabarets mal famés où on joue et danse le tango et Rosa, une femme qui veut réussir par elle-même et travaille pour cela. Pour Carlos Mina, les hommes n’ont pas compris pourquoi les femmes choisissaient de quitter le cercle familial et le rôle traditionnel qui leur étaient dévolu et cette incompréhension s’est exprimée dans un premier temps par des mots très durs envers la traîtresse qui est partie puis par une nostalgie de l’amour perdu et d’une femme idéale qui n’a jamais existé.

Pour revenir aux paroles de tango, je retiens trois tangos importants dans ce livre.

Le premier tango ouvre l’ère du tango cancion, c’est-à-dire du tango chanté tel qu’il est aujourd’hui reconnu (auparavant, il s’agissait d’un tango interprété par des chanteurs « criollos »). Ce tango inaugural qu’est « mi noche triste » a été écrit en 1916 par Pascual Contursi pour les paroles et Samuel Castriota pour la musique puis chanté pour la première fois en 1917 par un interprète mythique, Carlos Gardel.

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Que el mundo fue y será una porquería
ya lo sé…
(¡En el quinientos seis
y en el dos mil también!).
Que siempre ha habido chorros,
maquiavelos y estafaos,
contentos y amargaos,
valores y dublé…
Pero que el siglo veinte
es un despliegue
de maldá insolente,
ya no hay quien lo niegue.
Vivimos revolcaos
en un merengue
y en un mismo lodo
todos manoseaos…

¡Hoy resulta que es lo mismo
ser derecho que traidor!…
¡Ignorante, sabio o chorro,
generoso o estafador!
¡Todo es igual!
¡Nada es mejor!
¡Lo mismo un burro
que un gran profesor!
No hay aplazaos
ni escalafón,
los inmorales
nos han igualao.
Si uno vive en la impostura
y otro roba en su ambición,
¡da lo mismo que sea cura,
colchonero, rey de bastos,
caradura o polizón!…

¡Qué falta de respeto, qué atropello
a la razón!
¡Cualquiera es un señor!
¡Cualquiera es un ladrón!
Mezclao con Stavisky va Don Bosco
y « La Mignón »,
Don Chicho y Napoleón,
Carnera y San Martín…
Igual que en la vidriera irrespetuosa
de los cambalaches
se ha mezclao la vida,
y herida por un sable sin remaches
ves llorar la Biblia
contra un calefón…

¡Siglo veinte, cambalache
problemático y febril!…
El que no llora no mama
y el que no afana es un gil!
¡Dale nomás!
¡Dale que va!
¡Que allá en el horno
nos vamo a encontrar!
¡No pienses más,
sentate a un lao,
que a nadie importa
si naciste honrao!
Es lo mismo el que labura
noche y día como un buey,
que el que vive de los otros,
que el que mata, que el que cura
o está fuera de la ley…

Enfin, le troisième et dernier tango ferme la période de la « mezcla milagrosa » du tango qui connaîtra une éclipse dans les années 60 car le public se tourne vers des musiques plus modernes comme le rock. Ce tango de 1956 avec des paroles de Càtulo Castillo et une musique d’Anibal Troilo,« la ùltima curda », sonne donc comme un chant du cygne. Voici la très belle interprétation de Roberto « Polaco » Goyeneche accompagné par l’orchestre d’Anibal Troilo.

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